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Texte à méditer :   Pour les obsèques, il est naturel de choisir sa cérémonie pour un dernier hommage dans la dignité   
 
 
 
 
 
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Manifeste pour une Maison des Adieux - Juin 2019

Manifeste pour une Maison des Adieux dans la métropole nantaise

(Juin 2019)

Rappel historique de notre projet.

En 2006, des personnes venant de différentes communes de l'agglomération nantaise décident de se constituer en association pour obtenir des pouvoirs publics des salles pour y célébrer des obsèques civiles. Elles constatent, dès cette époque, des changements importants dans la manière d'approcher les rites de deuil :

- De plus en plus de personnes choisissent la crémation.

- De plus en plus de personnes ne souhaitent plus de rites religieux et préfèrent des cérémonies laïques pour leurs obsèques.

- Dans ce cas, lorsque les cérémonies se déroulent dans les cimetières, sans confort, par tous les temps, elles ne sont pas toujours dignes et respectueuses vis-à-vis des défunts et de leurs familles.

- Il faut ajouter que lorsqu'il y a crémation, le temps imparti pour la cérémonie est souvent compté et limite l'hommage rendu aux défunts.

- Enfin en 2006, il n'existe sur l'agglomération nantaise, aucune salle spécifique où puissent se tenir des cérémonies civiles d'obsèques (sauf quelques préaux dans des cimetières…) contrairement à d'autres grandes agglomérations en France comme Lyon, Strasbourg, Rennes, Montpellier, Grenoble, Toulouse, Bordeaux…qui proposent des salles pour ce type de cérémonies.

Notre Association qui, comme il est indiqué dans ses statuts, milite pour "la mise en place et le fonctionnement de lieu(x) civil(s) pour la célébration des adieux dans le respect des convictions de chacun, apporte aussi aux personnes qui le souhaitent des informations autour du deuil et de la mort".

Une première réponse.

Dès la création de cette association nous avons demandé à la ville de Nantes la possibilité d’avoir sur l'agglomération une salle pouvant accueillir de 50 à 300 personnes pour y célébrer les obsèques civiles.

Pour étayer notre démarche, nous avons sollicité les services de l'Université avec laquelle nous avons travaillé sur ce projet. Une étudiante Mlle Carole Bodin a présenté un mémoire sur les obsèques civiles réalisé dans le cadre d'un stage à la Ville de Nantes, plus précisément au sein du service de l'Etat civil.

Nos rencontres successives avec les élus de la ville de Nantes, après ce rapport, ont débouché non pas sur une salle dédiée à notre projet mais sur la possibilité de mettre à disposition des salles déjà existantes (dites salles festives) pour des célébrations d'obsèques civiles. A ce jour, la ville propose 7 salles pour les familles qui en font la demande.

Dans la mesure où elles sont libres à la date demandée !!! elles peuvent être louées le temps nécessaire à la cérémonie. Dans la pratique il est difficile d'obtenir de manière ferme et en temps voulu l'accès à ces salles.

> C’est pourquoi nous voulons aller plus loin vers l’obtention d’un lieu dédié.

Un projet qui concerne l’agglomération.

Comme suite à la position de la ville de Nantes, notre association a sollicité toutes les communes de l’agglomération nantaise pour leur demander d'être attentives à la demande des familles.

À ce jour, nous avons 15 communes de l'Agglomération qui ont répondu favorablement et qui se sont engagées à prendre en compte les démarches faites en ce sens. Nous continuons auprès des autres notre action de persuasion par des lettres de relance et des visites auprès des élus.

Un projet qui rejoint une préoccupation nationale.

Nous avons également, tout au long de ces années, soutenu les projets de lois successifs concernant l'obligation pour les communes de mettre à la disposition des citoyens une salle gratuite pour les célébrations civiles : propositions de lois initiées par Jean-Marc Ayrault et Jean-Pierre Sueur. La dernière, ayant été votée par l'Assemblée nationale en mai 2016, a été repoussée fin 2018 par le Sénat.

Nous sommes donc intervenus auprès des Sénateurs et continuons de militer pour que cette loi puisse être votée, persuadés que chaque ville qui respecte ses concitoyens devrait instituer un lieu dédié où chacun puisse être honoré lors de sa mort et où les siens puissent lui rendre hommage.

Un projet qui exige un engagement fort au niveau métropolitain.

C'est dans cet esprit que nous revenons vers les élus de la métropole. Au cours de ces dernières années des rencontres avec les membres du cabinet de Madame Johanna Rolland nous avaient laissé entendre que, dans le cadre de la municipalité actuelle, aucun financement n’avait été prévu pour la réalisation d'une telle salle et qu'il faudrait attendre les prochaines élections pour envisager ce projet. C'est la raison pour laquelle nous souhaitons à ce jour renouveler notre proposition.

Les évolutions de notre société requièrent l’intervention de la collectivité

Aujourd'hui beaucoup de nos concitoyens repoussent l'idée de la mort et ne veulent pas en parler, ni penser qu'un jour ils y seront fatalement confrontés. De plus en plus souvent les décès ont lieu à l'hôpital, les défunts sont transférés dans des chambres funéraires et tous les soins confiés aux pompes funèbres. Ces dernières verrouillent un marché très lucratif dans la mesure où les obsèques sont organisées auplus vite, parfois dans la précipitation et même si les dernières volontés du défunt sont respectées autant que possible.

Les rites de départ.

Depuis les années 60 la religion, porteuse de rites, a une place de moins en moins importante dans le quotidien des familles. La pratique religieuse ne cesse de baisser. Or précédemment, la religion avait par tradition une grande place lors des obsèques et des cérémonies en mémoire des défunts.

Avec l'expansion de la crémation, il a fallu trouver des rites appropriés et personnalisés selon les personnes décédées.

On a vu au cours des années ces rites évoluer et faire partie maintenant des services que les pompes funèbres rendent aux familles. Toutefois ils sont souvent réduits à un temps limité compte tenu de la conjoncture (nombre de crémations à effectuer dans une journée). D'autre part, l'organisation des cérémonies nécessite un temps de préparation avec les familles qui n'est pas toujours suffisant, d'où la difficulté des familles à exprimer leurs souhaits sur le déroulement de la cérémonie qui se traduit, bien souvent, par des regrets à l’issue de celle-ci.

Lorsqu'il s'agit d'inhumations au cimetière, on peut constater la difficulté pour prendre la parole ou initier des gestes ayant du sens, par manque d'infrastructures et compte tenu du temps (pluie, vent, froid ou grande chaleur) et de la posture (souvent debout).

> Aujourd’hui, il nous semble qu’il faut impérieusement redonner du sens aux cérémonies d’adieu dans notre société qui se sécularise de plus en plus.

On ne doit pas oublier le sens et la place de l'homme dans le monde, d'où la nécessité d'une réflexion sur la mort.

La mort : avant…pendant…après… quel sens pour une cérémonie de départ ?

Le temps avant.

Une vie – Qui sommes-nous ? Tout homme ou femme qui arrive dans le monde au jour de sa naissance est porteur d'une vie extraordinaire, de compétences, de qualités, de dons qu'il fera fructifier tout au cours de son existence. Tout homme se construit à partir de l'éducation qu'il reçoit dans sa famille, à l'école, mais aussi à travers les contacts qu'il a avec ses contemporains, ses collègues de travail, ses amis…

Bien sûr les circonstances dans lesquelles il évoluera seront déterminantes quant à la réalisation de ses projets tant dans les domaines professionnel, familial, social que politique.

Notre Identité, notre personnalité sont le fruit de toutes ces rencontres.

Chacun ira son chemin, du plus humble, passé inaperçu, à celui qui aura une destinée nationale. Mais tous sans exception marqueront de leur empreinte l'évolution de notre société en contribuant peu ou prou à son développement, à son changement ou à sa transformation.

Aussi est-il important de rappeler la place de l'homme quel  qu'il soit, dans le monde : sa dignité, sa valeur, le rôle qu'il doit pouvoir y jouer, sans jamais porter atteinte à sa dignité et au respect qui lui sont dus. Ceci est capital et ne doit jamais être remis en cause.

Le temps de la mort.

Lorsque la vie d'un homme s'achève, toutes ces relations disparaissent. La famille en deuil -même préparée à cet évènement -est souvent démunie. La mort désoriente souvent ceux qui restent : parents, amis, collègues, communauté. Tous ont à se resituer, à s'orienter. La famille attend beaucoup de l'entourage sur le moment, bien sûr, mais aussi après. Elle est en attente. Et c'est dans cette situation que la célébration des funérailles peut devenir un temps fort, un moment pour donner sens et orientation.

La célébration des funérailles par son rituel préparé et adapté est en effet un moment unique pour dépasser cette épreuve, pour organiser une action, pour convoquer une assemblée, entendre une parole, et donne ainsi sens à cette séparation.

Les humains se sont toujours occupés de leurs morts. Et ce comportement, quelle qu'en soit la forme, est bien le signe le plus ancien et le plus profond d'humanisation. C'est dans ce rituel que s'exprime en effet cette relation qui ne veut pas mourir.

Le temps d’après.

La célébration des funérailles est un moment où se tissent des liens. Elle initie et réinitie à la relation alors même que l'autre a disparu. Loin d'être effacée la séparation rassemble.

C'est le moment où familles, amis, relations, communauté humaine, vont se rappeler qui était ce défunt pour eux, les liens qu'ils ont tissés avec lui, tout ce que cet être disparu leur a apporté en positif et en négatif dans la vie, comment ils se sont construits à son contact, tout ce que cette personne leur a transmis à eux et à la société et qui a contribué à développer leur propre personnalité. Ainsi on peut dire que la vie du défunt continue à sa manière d'être présente dans la vie des hommes et des femmes qui l'ont fréquenté. N'est-ce pas là que les participants pourront exprimer par leurs témoignages, par des chants, des poèmes, des photos, tout ce qui pourra rappeler la vie vécue ensemble. Chacun pourra ainsi dire l'apport reçu et éventuellement toute sa reconnaissance d'avoir rencontré cet homme ou cette femme et par ses mots le remercier de l'avoir accompagné un moment de sa vie.

> Dans la mesure où les obsèques civiles prennent le sens que nous venons de décrire, il est nécessaire que les lieux et les moyens soient appropriés et favorisent le recueillement, donnant ainsi du sens à cette rencontre.

C’est là que la collectivité doit jouer son rôle.

Le rôle des communes.

Il serait trop long ici de revenir sur les responsabilités des communes concernant les obsèques des citoyens. Simplement, signalons que depuis 1904 les communes avaient à leur charge le service extérieur des pompes funèbres (cercueils et accessoires, transport, soins de conservation, organisation des obsèques, fournitures de housses, d'urnes funéraires) à titre de service public.

L'Église, elle, se chargeait des cérémonies religieuses. Mais dès 1970, on constatait que le nombre des cérémonies civiles progressait pour atteindre 20 % des obsèques. La généralisation ensuite de la crémation a accentué ce pourcentage.

Pendant de nombreuses années les communes ont donc assuré le service public funéraire, souvent en le confiant par contrat à des entreprises privées qui appartenaient majoritairement au groupe des Pompes Funèbres Générales. Le monopole des PFG a progressivement disparu suite à la loi du 8 janvier 1993 qui a permis une concurrence entre les opérateurs funéraires, tout en réaffirmant la notion de service public.

Peu à peu les opérateurs funéraires vont donc assurer deux rôles :

- Un rôle "technique" : préparer le corps, le transporter, assurer l'organisation des funérailles.

- Un rôle "social" : accompagner la famille sur le chemin du deuil.

Ce rôle est nouveau, dans le passé la prise en charge était assumée par la communauté paroissiale.

Aujourd'hui quand il existe une communauté urbaine comme c'est le cas à Nantes, ne restent de sa compétence que les crématoriums et la création des cimetières.

Sans remettre en cause le processus qui a amené les communes à transférer leurs responsabilités vers les organismes de pompes funèbres, il demeure, pour les municipalités chargées du bien commun des citoyens, le devoir de s'assurer que toutes les formalités ayant trait au décès de leurs membres sont accomplies dans des conditions décentes et respectueuses.

Les municipalités doivent donc être attentives aux attentes de leurs habitants et s'assurer que les lieux mis à leur disposition pour les obsèques conviennent bien au déroulement des cérémonies qu'ils souhaitent pour leurs défunts.

> Nantes, qui est une des grandes métropoles de France, ne pourrait-elle pas comme ses consœurs   l'ont fait au cours des années, se doter d'une salle destinée exclusivement aux cérémonies civiles d'obsèques ?

Nous avons appelé cette salle "Maison des Adieux", du même nom que notre Association, mais tout autre appellation pourrait convenir : l’essentiel étant qu’elle corresponde clairement à cet objectif.

Proposition pour une maison des adieux.

Nous reprenons la proposition que nous avions faite à la création de notre association, à savoir :

- Une salle principale, modulable, pouvant recevoir de 30 à 300 personnes dont 200 places assises. On pourrait concevoir une grande porte à deux battants et un auvent ou préau permettant d'accueillir une centaine de personnes debout en cas d'assistance importante. Cette salle pourrait être disposée en arc de cercle avec un sol légèrement en pente permettant la pose de sièges en gradin. Elle sera équipée d’une sono intérieure et extérieure avec matériel adéquat et d'un écran de projection.

- Une salle annexe indépendante que les proches pourront utiliser après les cérémonies funéraires pour une rencontre conviviale. Cette salle possédera un placard avec étagères, des tables et quelques chaises.

- Une pièce de taille moyenne permettra l'accueil des proches pour préparer la cérémonie funéraire. Ce serait aussi un lieu de stockage du matériel sono, le rangement de la documentation nécessaire aux cérémonies…

- Des sanitaires.

Situation locale.

Cette salle devra se situer dans un lieu accessible par les transports en commun et disposer en même temps de parkings.

Le crématorium de St-Jean-de-Boiseau offre 2 salles réservées aux obsèques civiles, lesquelles desservent tout le Sud-Loire. Aussi une implantation au nord de la ville nous semble nécessaire : pourquoi pas dans le cimetière Parc où l'espace le permettrait.

Aménagement intérieur.

Il est important que l'aménagement de la salle prévoie un endroit destiné aux signes qui rappellent l'objet des cérémonies qui s'y tiennent. Ainsi on pourrait sur un mur dessiner une fresque ou inclure des niches, ou des jeux de lumières diffuses, ou faire couler une fontaine, ou mettre quelques plantes comme un olivier, déposer des galets, autant de signes (le feu, l'eau, l'air, les plantes…) qui rappellent la vie.

- Une estrade peut être installée où se tiendra le cercueil ainsi que les objets choisis par la famille pour évoquer la vie du défunt.

- Un rideau coulissant pourra être installé devant ce mur qui permettra d'utiliser la salle pour toute autre destination.

- Un pupitre serait également le bienvenu.

Possibilité de différents usages.

Cette salle dédiée aux célébrations funéraires doit être disponible chaque jour de 9 h à 16 h afin de permettre aux familles qui en manifestent le besoin, de pouvoir l'utiliser à la date choisie et le temps voulu. A partir de 17 h, elle peut être mise à disposition d'associations ou d'organismes qui voudraient l'utiliser pour des conférences, des spectacles, concerts, chorales ou pôles de discussions.

La mise à disposition peut se faire sur le même mode utilisé habituellement par la Ville de Nantes.

Conclusion.

Depuis 13 ans la Maison des Adieux par ses contacts avec ses adhérents, les rencontres avec les pouvoirs publics et les organismes de pompes funèbres, les associations extérieures à notre département qui œuvrent  dans le même sens que nous, a acquis une certaine expérience qui l'amène aujourd'hui à penser qu'une métropole comme Nantes doit s'emparer du sujet, y réfléchir et apporter des réponses à ses concitoyens.

Nous pensons qu'aujourd'hui les cérémonies d'obsèques civiles doivent être remises en valeur pour aider les vivants dans des moments difficiles de séparation. Ces cérémonies demandent à la fois un temps de préparation avec les familles et l'élaboration de rites significatifs et prégnants.

Les cérémonies demandent un lieu dédié, reconnu par chacun, lui permettant de respecter le caractère sacré et universel de l’hommage qui doit être rendu à tous nos défunts quelle que soit la condition sociale de chacun.

Puissent la Ville et la Métropole de Nantes se saisir de cette réflexion, retrouver son rôle initial de responsabilité par rapport à la mort de leurs citoyens, et proposer des solutions prenant en compte les idées exposées dans ce manifeste.

Nous souhaitons vivement être associés à la réalisation de ce projet dans sa globalité.

Association La Maison des Adieux

Document édité en juin 2019


Date de création : 28/10/2019 - 18:48
Catégorie : Cérémonies civiles -
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